Les deuxièmes journées d’étude du Groupe de Travail Profondeur Historique des Océans (PHO) se sont déroulées le mardi 16 et le mercredi 17 décembre à Paris. Elles ont été organisée avec le soutien du GDR OMER (Groupement de Recherche Océan et Mers du CNRS) et de l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne. Les diaporamas et/ou résumés des présentations sont consultables ci-dessous.
Le thème de la journée du 16 décembre était : la fabrique du savoir maritime : lieux, institutions et programmes de recherche sur les mers et l’Océan. Le mercredi 17, un atelier cartographique a été organisé afin de lancer le chantier d’atlas de la production des savoirs sur les mers et les océans qui occupera le groupe de travail PHO en 2026. L’atelier cartographique du 17 décembre 2025 était animé par David Lagarde, artiste-auteur et cartographe indépendant, et par Françoise Bahoken, chercheuse en géographie et cartographie à l’Université Gustave Eiffel.
Ce projet d’atlas est ouvert à toute personne intéressée d’y contribuer. Si vous souhaitez suivre les actualités du groupe de travail, vous pouvez vous inscrire via cette page dans l’onglet PHO : https://ocean.cnrs.fr/groupes-de-travail/
Les présentations que nous avons écoutées le 16 décembre étaient les suivantes :
- Hugo Vermeren (CNRS), Savoirs sur la mer et impérialisme halieutique : une histoire coloniale des stations marines de Bou Ismaïl (Algérie) et Salammbô (Tunis)
Résumé : Fondées respectivement en 1921 et en 1924, les deux premières stations marines du continent africain ont servi de modèle au déploiement de la science halieutique dans tout l’empire français. En retracer l’histoire permet de dévoiler les liens complexes qui se tissent entre entreprise coloniale et entreprise savante à l’échelle des environnements marins, ainsi que les trajectoires singulières des premiers experts qui ont intégré le gouvernement colonial des pêches au cours des années 1920 et 1930. Ces institutions savantes ont survécu aux indépendances et ont formé depuis plusieurs générations de biologistes et océanographes, jouant un rôle central dans la connaissance actuelle des écosystèmes méditerranéens.
- Elisa Steciuk (Sorbonne Université), Le fond de la mer de Jean-Francis Auburtin, artiste décorateur (1897)
Résumé : Afin de répondre à une commande passée par La Sorbonne en 1897 pour l’amphithéâtre de zoologie, Jean-Francis Auburtin adopte une démarche scientifique et se rend au sein de plusieurs stations maritimes. Il y réalise de nombreuses études préparatoires pour réaliser son immense toile : Le Fond de la Mer. Je propose de retracer son trajet (Roscoff, Banyuls, etc) et de montrer comment ces stations tiennent aussi un rôle dans la production artistique.
- Alessandra Passariello, La Stazione Zoologica Anton Dohrn et son patrimoine bleu : une lecture environnementale de l’histoire des sciences marines

Résumé : Fondée en 1872 à Naples par le zoologiste allemand Anton Dohrn, la Stazione Zoologica di Napoli, aujourd’hui Stazione Zoologica Anton Dohrn (SZN), constitue l’un des piliers les plus durables de la recherche scientifique en biologie et en écologie marines.
Cependant, l’ancienneté, en elle-même, ne saurait être considérée comme une valeur. Ce qui, en l’occurrence, confère à cette institution toute sa richesse réside dans la stratification des témoignages relatifs à son histoire scientifique et institutionnelle, ainsi que dans la possibilité qu’elle offre d’observer, selon une perspective diachronique, des phénomènes historiques de longue durée.
Sous la lentille de notre microscope se trouvera le patrimoine historique conservé dans les archives historiques et la Bibliothèque de la Mer de la SZN. Plus particulièrement, la partie de ce patrimoine qui évoque l’environnement marin du golfe de Naples — envisagé à la fois comme objet d’étude (histoire des sciences), finalité de protection (politique environnementales) et acteur du changement (écologie historique). En d’autres termes, le patrimoine bleu.
Comme cas d’étude, nous analyserons un fonds documentaire datant de la seconde moitié des années 1950, intitulé “Plancton”, et nous verrons comment, à travers l’étude des journaux de bord, des cartes, des lettres et des factures, il est possible de reconstituer l’histoire matérielle, intellectuelle, politique et environnementale qui sert de toile de fond aux recherches scientifiques menées autrefois sur l’écologie golfe de Naples.
- David Dumoulin (Université Sorbonne Nouvelle) et Krystel Wanneau (CNRS), L’observatoire des Açores : nouvelle génération d’avant-postes scientifiques sous la mer
Résumé : La réputation des stations marines s’est bâtie sur des sites devenus emblématiques dans l’histoire des savoirs océaniques et maritimes. Ces lieux offraient à la fois les conditions d’un travail scientifique de laboratoire et un accès direct au terrain (field science). À partir des années 1870, les stations marines ont été le fer de lance de la biologie marine : elles ont renaturalisé l’observation et l’expérimentation en rapprochant la recherche du milieu naturel, tout en assurant une visibilité internationale aux travaux menés sur place. Plus de 130 ans plus tard, une nouvelle génération d’avant-postes marins émerge, repoussant la frontière des abysses grâce à des équipements combinant navires hauturiers, robots sous-marins et stations immergées sur le plancher océanique. À la fin des années 2000, plusieurs observatoires de fond de mer sont ainsi installés sur des champs hydrothermaux situés à plus de 1 500 mètres de profondeur, pour étudier à la fois la géophysique de l’activité volcanique des dorsales et les oasis de vie des cheminées hydrothermales.
Cette communication analyse le cas de l’observatoire de fond de mer des Açores, à partir d’une enquête combinant entretiens avec les membres du laboratoire Environnement profond (BEEP) de l’Ifremer, étude de sources secondaires (documents scientifiques et politiques français et européens) et analyse d’articles publiant les résultats associés. Elle interroge la manière dont ces avant-postes participent à redéfinir les frontières du travail scientifique et les lieux de production des savoirs. La première partie présente les ambitions et imaginaires accompagnant la mise en place de ces stations immergées comme espaces de dépassement — technique, épistémologique et géographique — du laboratoire. La seconde restitue un récit ethnographique d’une campagne à bord du Pourquoi Pas ?, consacrée à leur maintenance. Enfin, la troisième partie analyse quatre dimensions de la (dé)localisation des lieux de science : la matérialité de l’infrastructure, ses enjeux géopolitiques, l’expérience collective du huis clos du navire océanographique et la pluralité des savoirs techniques et disciplinaires mobilisés.
À travers ce cas, la communication met en lumière cette tension constitutive des stations marines : le désir d’aller « au plus près » des phénomènes étudiés et l’aspiration à repousser d’autres frontières — symboliques, politiques et territoriales — qui prolongent, parfois, des logiques de puissance et de projection étatique.
- Mayline Strouk (University of Edinburgh), Les ‘cabanes’ scientifiques dans les îles subantarctiques, infrastructures sentinelles et (dé)connectées
Résumé : Cette présentation aborde les infrastructures annexes des stations scientifiques situées dans les lieux reculés, telles que les îles subantarctiques françaises (Kerguelen, Crozet, Amsterdam). En 2024, l’arrivée de l’Influenza Aviaire Hautement Pathogène (IAHP) sur l’île de Crozet puis aux Kerguelen a bouleversé les activités scientifiques et les routines en place. En quelques semaines, des milliers d’oiseaux de mer et de mammifères marins ont succombé au virus. Les cabanes scientifiques situées aux abords de zones particulièrement touchées par l’épidémie ont été des outils précieux de l’activité de surveillance éco-épidémiologique. Les cabanes sont des lieux à la fois d’isolation, mais aussi nécessairement proches des animaux, qui les ont rendus à la fois précieux et indésirables en cours de crise épidémique. Ce sont aussi des lieux de sociabilité, mais aussi des infrastructures hybrides, entre le terrain et le laboratoire (Kohler 2002), des zones de transit d’échantillons vers la station scientifique, puis la métropole. Ainsi, cette présentation, par le prisme de la crise de la grippe aviaire de 2024 dans les îles subantarctiques, met en lumière un ensemble d’infrastructures scientifiques souvent délaissées de la géographie de la production scientifique, des lieux de passage où stationnent les chercheurs, au plus près de l’environnement côtier qu’ils étudient. Elle permet de reconsidérer ce que l’on nomme « station », qui se constitue parfois en un ensemble d’infrastructures éparpillées et (dé)connectées.
- Violette Larrieu (IFREMER), Le PEPR Grands Fonds Marins
- Yacine Moufid (IFREMER), Volet « Données et échantillons » du PEPR Grands Fonds Marins
- Océane Valencia et Adeline Batailler (Sorbonne Université), Retour sur la reconstitution du fonds d’archives de Henri de Lacaze-Duthiers : reclassement, signalement et numérisation du fonds
- Marion Maisonobe (CNRS), Le projet ANR OCEANLINKS
L’ANR OCEANLINKS est une ANR ancrée au laboratoire Géographie-cités. Voir le résumé de l’ANR et la liste des membres sur le site du laboratoire.
